Merci Thavone

Il est de ces personnes qui œuvrent des années durant, avec dévouement et discrétion, et s’en vont de la même façon. Thavone Fuchs, secrétaire médicale à l’Institut depuis 25 ans, nous quittera dans quelques jours pour une retraite bien méritée. L’occasion de prendre quelques instants pour échanger.

 

Tout commence à la fin du millénaire dernier. 1999.

En feuilletant le Figaro, Thavone y découvre une offre d’emploi pour un poste de secrétaire au Centre médical Jérôme Lejeune. « Le besoin est urgent, lui assure le recruteur, et vous faites l’affaire, allez vite les rencontrer ! » L’équipe ne compte alors qu’une petite dizaine de collaborateurs, que Thavone rencontre tous en entretien avant de finalement recevoir, en janvier 2000, un appel téléphonique : « C’est unanime, on veut que vous veniez nous rejoindre ! »

L’Institut en était encore à ses premiers balbutiements. Ouvert depuis à peine deux ans et installé dans une petite annexe de l’hôpital Notre-Dame de Bon Secours (Paris 14), il comptait une directrice et sa secrétaire, quatre médecins, trois paramédicaux, et désormais une secrétaire médicale. « Je me souviens très bien de ma première rencontre avec le Professeur Rethoré, alors Directrice Médicale, raconte Thavone. Ce qui primait pour elle était que nous fassions preuve de compassion, et non de pitié, pour les patients et leurs familles. »

La compassion. À entendre Thavone, ce que le dictionnaire définit comme l’empathie profonde provoquée par la souffrance d’autrui, et le désir de la soulager est la clé de voûte de l’Institut. C’est en tout cas ce qu’elle en retiendra, et qui lui fait évoquer avec tendresse le regard des médecins sur les patients qu’elle surprenait souvent. « Je revois le Docteur Ravel saluer une petite patiente d’un joyeux « Bonjour Princesse, que tu as de beaux yeux ! » J’ai toujours été touchée de voir à quel point les patients étaient valorisés à l’Institut. » Un témoignage qui rappelle à chacun l’héritage que nous devons préserver.

" J'ai traversé différentes époques "

En 25 ans, Thavone a vu l’Institut se transformer : son organisation, son équipe, ses méthodes de travail.

« J’ai traversé différentes époques, témoigne-t-elle. Quand je suis arrivée, nous suivions environ 300 patients, ce chiffre a été multiplié par plus de 40 en 25 ans ! Les dossiers des patients étaient au format papier, épais d’une dizaine de centimètres chacun, et rangés dans de grandes étagères métalliques sur rails, que je déplaçais à l’aide d’un volant pour les retrouver. Nous faisions tout à la main, c’était un peu archaïque. » 

Ses journées étaient bien remplies, entre l’accueil des patients et leurs familles, le standard téléphonique, le tri des dossiers, ou encore la restitution des comptes rendus médicaux ! Le métier de secrétaire médical a, lui aussi, été transformé au fil des années, notamment par la révolution digitale et les innovations technologiques qu’il a fallu apprivoiser. « Aujourd’hui, la retranscription du compte rendu se fait de façon automatique lorsque le médecin le dicte, et nous n’avons qu’à le relire, mais à l’époque c’était notre rôle d’écrire les comptes rendus en réécoutant les enregistrements. Il fallait d’ailleurs être efficace, car les bandes sons s’abîmaient vite, et la qualité se dégradait à chaque écoute. »

Durant 24 ans, Thavone a assuré son rôle de secrétaire médicale, avec patience et discrétion. Animée par la joie du contact avec les patients et leurs familles, et par la convivialité qu’elle sentait à l’Institut. « J’ai toujours trouvé que c’est une ambiance très familiale. Les familles venaient de toute la France, parfois même de l’étranger, et semblaient arriver à la maison » raconte-t-elle. En 2024, préparant doucement son départ, elle gravit le premier étage de l’Institut et endosse le rôle d’assistante médicale.

À la veille d’une retraite bien méritée, l’heure est au bilan. « Je pars le cœur léger, heureuse à l’idée d’ouvrir un nouveau chapitre de ma vie. Mais aussi avec un brin de nostalgie, celle de quitter ce lieu qui a été bien plus qu’un lieu de travail. » confie-t-elle. « En 25 ans, j’ai vu l’Institut se développer, se professionnaliser, être mieux reconnu aussi. Et je souhaite de tout cœur que cela se poursuive. » Elle évoque également avec un regard empli de douceur les familles si nombreuses qu’elle a vues défiler toutes ces années. « Merci de nous faire confiance », ajoute-t-elle.

Avec Thavone, c’est une partie de l’histoire de l’Institut qui s’en va. Mais l’exemple de sa générosité et son dévouement empli d’humilité restent bien ancrés. Chère Thavone, tu es de ceux qui partent sur la pointe des pieds, mais avant cela, sois infiniment remerciée.